Mardi 25 mars 2008
Ou comment, même expat' au soleil, mon chez moi me met en émoi
(La cathédrale de Metz)
D'accord, la Lorraine n'est pas la région de France la plus populaire. Au contraire elle fait pousser des cris de désespoir à mes interlocuteurs dès que j'insinue que j'y ai été conçue et que j'y ai vécu. On lui prête les pires plaies de l'humanité : il y fait toujours froid, il gèle même souvent, l'air y est humide, et la population névrosée.
(La cathédrale de Metz)D'accord, la Lorraine n'est pas la région de France la plus populaire. Au contraire elle fait pousser des cris de désespoir à mes interlocuteurs dès que j'insinue que j'y ai été conçue et que j'y ai vécu. On lui prête les pires plaies de l'humanité : il y fait toujours froid, il gèle même souvent, l'air y est humide, et la population névrosée.
Dans ce genre de situation, je m'insurge, je défends corps et âme la région qui m'a vu naître et où je retournai me ressourcer dès que je le
pourrai jusqu'à ce que mort s'en suive.
Généralement, les gens comprennent mal ce sentiment. "J'ai des souvenirs de villes comme on a des souvenirs d'amours" disait pourtant Valéry Larbaud. C'est cela exactement.
La plupart du temps, on n'est pas attiré par la Lorraine, la plupart du temps on a tort. Elle regorde de monuments somptueux et de place magnifiques. Nancy, comme Metz sont des villes qui
dégagent de belles émotions.
Tout cela pour en venir au fait : la semaine dernière, j'ai vu le premier film réalisé par Philippe Claudel : "Il y a longtemps que je t'aime". Le titre est déjà évocateur d'une poésie dont seul
Claudel a le secret. Ses personnages sont vivants à tel point qu'on se prend d'amour pour eux aux premières répliques. Philippe Claudel nous fait grimper le coeur et les tripes aux bords des
lèvres. On sort de la salle de cinéma ému et troublé. Il faut quelques minutes pour se remettre de la dernière image, pourtant anodine, tellement l'émotion d'Elsa Zylberstein et de Kristin Scott
Thomas nous rentre par les pores de la peau.
C'est un film écrit par un écrivain, et cela se ressent dans chaque réplique. L'écriture est sensible et profonde. Le spectateur ne peut pas lutter longtemps.
Et pour ne rien gâcher, Philippe Claudel, lorrain tout comme moi, et grand défenseur de sa région, a choisi de planter son décor à Nancy. Quel plaisir pour moi que de découvrir sur grand écran,
et à quelques mille kilomètres de là, les places et les parcs qui ont été mon itinéraire quotidien durant des années, la faculté et les salles d'amphi où j'ai étudié, les ruelles et le cinéma
dans lequel j'ai ri, pleuré, embrassé.
Les amis qui ont vu ce film en même temps que moi, bien qu'épuisés de m'entendre marmonner des "ooooh" "aaaaah" d'émotion devant rues, statuts, et autres monuments nancéiens, n'en sont pas moins
sortis émerveillés. Nul besoin d'être Lorrain pour aimer Claudel.
Blablabla...Etcetera...